Peinture

Bassano : "parabolle de Marthe et de Marie " XVII em siecle 1,60 x 1,20 m

Une constante chez Bassano , c’est ses "cuisines imaginaires" : les murs ouverts sur le paysage, non par une fenêtre ou une arcade, mais par un artifice de l’esprit, comme si l’on avait effacé la paroi : les personnages sont à la fois dehors et dedans. Cela fait penser aux décors de théâtre ; et cela rappelle aussi les enluminures du Decameron, sur lesquelles le côté gauche de l’image montre un intérieur, et le côté droit le jardin. Dans la tradition de la peinture gothique en effet, un ou deux siècles avant les Bassano, les enlumineurs faisaient fréquemment des arrachés sur les bâtiments, pour montrer sur la même image le dedans et le dehors. Mais depuis la Renaissance, le souci de réalisme de l’espace de représentation qu’elle impliquait avait tendance à s’imposer aux artistes. Ils utilisaient plutôt des grandes baies ou des colonnades, pour rendre logique la succession des espaces intérieurs et extérieurs qu’ils représentaient dans la même peinture. Pourtant les Bassano, s’ils traitent bien l’image avec une parfaite vraisemblance perspective, entérinent l’invraisemblance constructive du mur effacé. D’où la poésie particulière et le charme de leurs tableaux. Notons toutefois que certains suiveurs ont cherché, imperceptiblement, à minorer cette incongruité architecturale : on voit ainsi que sur les versions du « Christ chez Marthe et Marie » du musée de Kassel et du musée de Trente, le départ de la grande voûte à soffites, sensée redonner un toit à la cuisine, peu perceptible sur la gravure, et rendue discrète par l’ombre dans la version de Houston, prendre ici plus d’importance.