Céramique

Monique Degluaire céramiste

"Les animaux et moi"

J’ai toujours aimé les animaux. Toute petite j’imitais la voix des grenouilles lorsque je les pêchais avec mon frère dans la petite mare de la ferme de mes parents en Bresse. Cette connivence avec les animaux, je la tiens de mon père qui parlait aux vaches, celles qui ont été investies d’un souffle puissant et qui ont quatre estomacs. D’ailleurs, il n’était pas rare que les voisins fassent appel à lui quand ils avaient une bête difficile à rentrer. Les chiens, les chats, les ânes avec leur bonnet, et les paons qui crient le prénom de mon père : "Léon !", ont peuplé mon enfance. C’est naturellement qu’ils se sont montrés lorsque la terre s’est mise à parler sous mes doigts.

Et tous ces humains qui ressemblent à des animaux, et ces animaux qui ressemblent à des humains ! On ne sait plus qui est qui. Il y a bien longtemps que je ne dis plus aux gens par quel animal ils sont habités, ce don m’a valu pas mal de déconvenues. Imaginez quand vous dites à quelqu’un qu’il ressemble à un canard, ou à un rhinocéros ! Ce don à présent, je le traduis dans la terre.

Je pense aussi à nos deux chats assis autour de la table. Ils nous regardent manger et attendent qu’on leur pose une assiette, une fourchette et une serviette autour du coup : c’est normal, ils croient qu’ils sont des humains !

Monique Dégluaire

  • Beaux Arts de Mâcon de 1970 à 1975
  • Exerce depuis 1982
  • Maison des Artistes
  • Modelage de sculptures figuratives. Grès émaillé cuit à haute température dans un four à gaz
  • Pièces uniques

Démarche créative

Je dirais que mon travail jour après jour, est comme un journal intime. Mes sculptures sont comme la substance de mes rêves, de mes émotions, de mes rencontres. Elles me permettent de mettre en forme ma vie à travers elles. Le travail de modelage demande à la fois une concentration technique et un laisser-faire mental. Un état de disponibilité à l’œuvre et au monde. Souvent le résultat me surprend et je n’en saisis que plus tard la signification.

Monique Dégluaire, la farouche, habite une belle maison de pierres à Bessuge commune de Chapaize, au milieu des vignes et des vaches, avec ses statues de terre cuite. Celles-ci habitent une grange dont elle a fait sa galerie. Quand nous entrons dans la salle fraîche, nous nous trouvons devant tout un monde étrange et familier, une maman grandeur nature assise avec sa fille à ses pieds, posée sur un pot de fleur, des animaux que l’on reconnaît comme des grenouilles qui ont l’air de s’amuser énormément, une maman rhinocéros faisant le tremplin avec le bout de ses pattes pour lancer son petit ( mais si, c’est possible !)… . Tout un monde de personnages de grande et petite taille, dégageant une impression de vie et de vérité. Ils ont la gravité et l’insouciance des enfants. Ils dansent, se font une déclaration d’amour, se tiennent en équilibre sur une boule, ils nous observent avec malice et nous apostrophent avec innocence, on croirait les entendre, mais leur voix résonnent dans un autre monde, dans notre cœur d’enfant peut-être. On voudrait imaginer leur histoire. On voudrait jouer avec eux, et l’on se dit : " Si seulement je pouvais habiter dans un monde comme ça, on doit être heureux avec ces gens et ces animaux fantastiques !

Un monde où la grâce et la beauté sont prises au sérieux, où l’humour ne cherche pas à écraser mais à alléger. Un monde d’avant le langage, un monde où la fête est calme et vous enchante. Un monde sans crainte.

PB

Extrait d’un article du Journal de Saône et Loire

"Il faut dire que ses sculptures sont un véritable enchantement et que le succès grandissant qu’elles rencontrent est le juste fruit d’un lent mais sûr cheminement de sa créatrice. Les sculptures de Monique Dégluaire, entre rêve et réalité, entre mythologie et légendes, remuent quelque chose de très profond en nous, quelque chose de cet inconscient collectif du fond des âges qui n’en finit pas de nous habiter, de nous hanter… La femme y est transcendée : entre beauté et animalité, entre grâce et rondeur, divinité et matérialité, les limites restent incertaines, fragiles, suspendues dans le temps et dans l’espace.

Monique Dégluaire semble manier la matière comme une mère caresse son enfant, comme une amante dans son intime mouvance. Ses sculptures sont, tout à la fois, force et vulnérabilité, mouvement et stabilité, tension et libération. Une dimension spirituelle se révèle alors, comme quelque chose qui s’apparente au meilleur de nous-mêmes… consciente que le pire n’est jamais qu’à portée de main. "

Marie-Joëlle Baltzer